L'écrivain Alexandre Briano sort le tome 2 de son ouvrage intitulé « Toulon et ses rues de célébrités ». L'occasion d'un focus sur cinq voies de la ville

Du haut de ses 88 ans, Alexandre Briano connaît Toulon comme sa poche. Cet ancien président du comité d'intérêt local du Mourillon est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages. Le dernier en date est le tome 2 de « Toulon et ses rues de célébrités » (aux éditions Presse du Midi). Soit un recensement non exhaustif des personnalités du XVIIIe au XXe siècle qui ont droit, ici, à leur petite plaque bleue, courte biographie et anecdotes à l'appui. Les Raimu, Courdouan, Nardi, Aicard et autres gloires locales y ont évidemment leur place (sans mauvais jeu de mot). Tout comme, par exemple, un Jules Verne, dont la maison des descendants reste l'une des plus belles de Toulon. Sans parler des artères Curie, Roosevelt, Flaubert, Joffre ou Matisse, dont la France aussi est parsemée. Pour notre part, nous avons posé notre regard sur cinq autres voies. Pas tant pour la notoriété de la femme ou de L'homme à qui elles rendent hommage, que pour ce que ce baptême dit de Toulon et de sa passionnante histoire.
MA. D.
mdalaine@nicematin.fr

Le quai Cronstadt, ex-quai Pétain

Sur le port
En octobre 1893, l'escale à Toulon d'une escadre impériale russe venue du port de Cronstadt reçoit la visite du Président de ta République Sadi Carnot. Dans ta foulée de cet événement historique et des festivités qui l'accompagnent, on accole Le nom de Cronstadt au quai de ta vieille darse. « Sauf que pendant la guerre, il sera rebaptisé quai Philippe-Pétain, explique Alexandre Briano. Puis, après-guerre, le maire communiste Jean Bartolini le renommera quai Stalingrad ! » C'est finalement François Trucy qui, en 1991, décidera de lui redonner son nom d'origine... après avoir longuement hésité à le baptiser « quai de la Libération ».

Plutôt qu'un boulevard, une petite rue Félix-Magot

Pont-du-Las
C'est peut-être le Toulonnais à avoir acquis, à son époque, la plus grande notoriété. Né en 1872 au Pont-duLas, rue d'Isly, Félix Mayol était un chanteur de café-concert qui est notamment devenu célèbre en interprétant Viens Poupoule (1902). « Pourtant, il n'a qu'une petite rue à son nom - décision prise par Arreckx en 1961 - alors qu'il mériterait d'avoir un boulevard », s'offusque Alexandre Briano. Et le centre Mayot, alors ? « Je doute que le grand artiste qu'il était aurait aimé donner son patronyme à un ensemble commercial » $ Un stade de rugby, en revanche...

Dupuy de Lôme a trouvé sa place

Mourilion
Grand classique des rues toulonnaises : le militaire ou apparenté ! « Avec une prédilection pour ceux qui ont fait la guerre à l'Angleterre », rigole Alexandre Briano. Henri Dupuy de Lôme n'est pas de ceux-là. Mais l'ingénieur militaire du génie maritime mérite assurément sa place dans tes Livres... et sur un coin d'immeuble !

On lui doit entre autres inventions révolutionnaires ta conception, avec son ami Gustave Zédé (qui a sa rue au Petit Bois), du premier sous-marin véritablement opérationnel, le Gymnote, lancé en 1888. C'est aussi lui qui est à l'origine du premier navire de ligne à vapeur au monde, le Napoléon, lancé en 1850. il sera également élu député et sénateur.

S'il décéda à Paris en 1885, ses obsèques eurent lieu à Toulon devant 2000 personnes, où son mausolée se trouve toujours.

Rosa Bonheur, dans le "package" d'Albert Coulon

La Loubière
Le maire pétainiste Albert Codon (1941-1944) ne fit pas les choses à moitié Lorsqu'il fut nommé à l'hôtel de ville par le Maréchal. « Il a débaptisé pas moins de 101 rues », assure Alexandre Briano. Parmi celles qui ont fait leur apparition, la rue Rosa Bonheur ou la rue Abd El-Kader interpellent. La première car la célèbre peintre animalière (1822-1899) était réputée homosexuelle. La seconde car elle rend hommage à un héros de la résistance algérienne à la conquête française (emprisonné à Toulon en 1848). Deux profils qu'on n'imagine pas a priori séduire un pétainiste convaincu... Concernant Rosa Bonheur, Alexandre Briano précise que « rares sont les femmes à avoir leur rue à Toulon. » Citons Marie Curie ou George Sand pour les plus connues.

Le général Changarnier la mérite-t-il vraiment ?

Claret
« S'il y a bien une rue qu'on pourrait rebaptiser, c'est celle-là... » grince Alexandre Briano. C'est peu dire que l'auteur toulonnais, ancien militant socialiste, n'a guère de sympathie pour le Général Changarnier (1793 - 1877). « Lui, il en a massacré des gens... » Le militaire a ainsi pris part à ta conquête de l'Algérie, où il a gagné tous ses grades à la pointe de l'épée, notamment sous te commandement du maréchal Bugeaud, artisan sans pitié de la « pacification ».

Nicolas Changarnier « fit aussi faire feu sur les insurgés » à Paris en 1849, tors d'une manifestation de triste mémoire. Au rang des personnages controversés qui ont Leur plaque bleue, Alexandre Briano cite aussi « le maréchal Gallieni, autre figure du colonialisme... »

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